Sélection du message

Der Schnee.

Du vent. De la neige. Putain. Rien d'humain. Tu écris quoi ? Depuis des mois, tu n'en sais rien. Tu as rencontré son visage. Son si...

dimanche 5 janvier 2014

2014

Elle sort de la chambre 13. Lorsqu'elle descend le petit escalier qui mène à l'ascenseur, elle sent encore à chaque marche son corps peser de tout son poids. Un pied devant et puis un autre, elle puise, où, dans le profond, le vide, le mécanique, un reste de réserves inexistantes. En l'embrassant, elle avait cherché quelque chose qui n'était plus.
Elle entend une sorte de chuintement, le cri d'un petit chat qui meurt quelque part.  La porte de l'ascenseur se fend de toute sa hauteur, deux panneaux coulissent vers l'invisible et elle reste seule devant la grotte. Au fond sur la paroi, scintille le chiffre 2014.
 "Donnez vous la peine d'entrer" dit elle à haute voix, et sa voix blanche, caverneuse de milliers de cigarettes fumées les yeux dans le vide, résonne de façon absurde.
Dans la cabine, le miroir ne renvoie pas son reflet. Une femme longue et fatiguée la regarde de ses yeux cernés. Elle remue légèrement la tête pour s'assurer que c'est bien elle. Comme tous les miroirs, la glace est une mare étincelante, ensorcelée. Son visage est blême, hérissé de lames de rasoirs qui avaient poussé dans sa bouche. Ses lèvres écorchées ont encore le goût du gin et portent les traces blanchâtres de la coke.
Elle s'éloigne, le soleil disparaît derrière la façade de l'hôtel. Le jardin est vide. Une nuée sombre l'environne. L'air est étouffant et l'orage approche lentement.  Dans la chambre, il est endormi. A -telle tranché sa tête, sa bite ou ses couilles?
Sur la table d'accouchement, toute en sueur, les cheveux collés, elle a les jambes écartées dans les étriers. Dans la lumière atroce du plafonnier quelqu'un s'affaire entre ses jambes et quelquechose une fois encore lui est enlevé. Quelquechose est perdu. Sa bouche coupe le cordon.
Elle entre au supermarché Lidl.  Elle erre dans les allées entre les denrées, les hommes gris et les femmes grises de 2014. Elle dépose l'enfant dans un rayon.En sortant, elle est la seule à entendre encore distinctement les vagissements du nouveau-né. 

dimanche 10 novembre 2013

L'écran.

Il ne m'a pas apprivoisée. Il m'a domptée. Pour me dompter, il a frappé. Il a blessé et après m'avoir blessée, il a remué le couteau dans la plaie. Il a recommencé. 
Il ordonne. Il frappe. Il s'affale.
Je tourne autour de l'obstacle comme une lune, il fait de moi ce qu'il veut, il prend. 
Il prend. 
Il sourit. Il flatte mon encolure, me fige du regard.
Je me mets à genoux. Je le prends dans ma bouche, je disparais.
J'attends qu'il me rappelle. J'attends qu'il me fasse un signe. J'attends qu'il me voit, qu'il me regarde, qu'il me touche mais non. Il ne le fait pas. Il prend.
Il prend sans demander. Il prend ce qui lui appartient. Il jouit seul.
Il écarte la chose qui l'a fait jouir.
Alors quelque chose d'autre commence à bouger derrière lui.
Quelque chose qui vient à ma rencontre. 
C'est une femme. 
Elle est maigre.
Elle se glisse entre lui et moi.
Doucement
elle met un doigt sur sa bouche, sur ma bouche, elle fait silence. 
Il disparaît. Je ne le vois plus. 
Elle fait écran. Elle est l'écran.

dimanche 3 février 2013

Parfum d'été

 Tu marches le long des ornières. A droite la route, à gauche les touffes d'herbe, le fossé boueux et plus loin le fil de fer barbelé, les champs vides, rectangulaires.
Tu marches. Tu ne regardes pas la voiture. Tu ne regardes pas l'ombre assise au volant. Lorsque tu t'installes à la place du mort, le mouvement dévoile tes cuisses.Tu ne croises pas les jambes. Tu les laisses dans cet écart indifférent et somnambule. Tu ne regardes pas l'homme qui te reluque. Tu n'as pas besoin de regarder pour savoir ce qu'il regarde, lui. Tu ne dis rien. Tu ne souris pas.
 Aussitôt tu palpes la surface tendue du jean, tu tâtes la sphère, tu sculptes la barre emprisonnée dans le mur du tissu, ce cylindre durci couché contre son aine, avide de se dégainer hors de sa prison, de jaillir. Saut à l'élastique. Elle émerge du corsage de sa braguette, absurdement vibrante. Tu la gobes, tu pompes, tu t'appliques. Ta tête heurte le volant. Avec la coke, la musique traverse ton corps, les tubes débiles, ce type écoute radio nostalgie, des airs plaintifs et mélancoliques, des sardou des dalida des mike brandt, des trucs à la con comme ça. Tu sais qu'il est foutu, qu'il est seul, qu'il est dangereux.
Il se gare en épi sur le bas-côté, non loin de la route et sans ouvrir la portière tire tes jambes par la vitre. Ton corps est une balançoire, la rainure de la vitre te brûle les reins, ta tête est arc-boutée sur le siège. Il écarte et te baise son visage scrutant au delà du toit de sa bagnole les automobilistes qui passent sur la route. Son trip c'est ça, te baiser à ciel ouvert devant le flux des promeneurs du dimanche.  Des freins crissent, des voitures bifurquent et se rapprochent comme des insectes.
 A quatre pattes sur le chemin, leurs chaussures ont écrasé tes mains, à quatre pattes tu as levé la tête et regardé la ligne de l'horizon. Les roches rouges, les oliviers, l'odeur du thym et du romarin, ce parfum de poussière et d'herbes grillées, le parfum de l'été. Le ciel est pur, ton cerveau est lucide, tes trous défoncés.

mercredi 9 janvier 2013

GRAPHIE PORNO (suite)

Tu es sortie des toilettes publiques. Tu marches, tu portes de très hauts talons et tu sens tes cuisses mouler ton con. Tu es en rut, l'envie de te faire mettre vrille dans ta tête, ta chatte est en feu. Dehors, l'air est frais et court les lèvres de ton vagin et ça  frémit comme une rose. Tu sens la transe de tes muscles, le fuselage des lignes, tes cuisses, ton déhanchement, tu es une panthère. Les hommes se retournent. Ta machine est puissante, silencieuse et huilée. Exhaussée, tu chancelles, la chatte à vif sur un toit brûlant et au feu, tu campes tes jambes bien droites, bien écartées, le vent ondoie et caresse ton con à l'arrêt, les pétales de tes lèvres frissonnent dans ses bourrasques. Tu froisses les peaux d'un doigt primesautier et tu fiches une oeillade  franche à chaque passant qui te croise tandis que tu humectes les lèvres de ta bouche et que ta langue mutine darde sa tête langoureuse.Tu ne te retournes pas. Tu sais que la meute se forme et qu'elle te prend en chasse, tu marches moins vite, tu traînes dans les rues, les allées, les couloirs, les magasins et leurs mains te palpent le con furtivement,  te taquinent. Les mains de plus en plus impatientes et laronnesses voltigent et troussent, titillent ta perle, papillonnent dans les files des rayonnages, dans les bibliothèques, les musées, les cages d'escalier, les cuisines, les dépendances, les ascenseurs, les parcs, les toilettes, les squares, les bancs publics, les portes cochères, les paliers, les terrasses de café, les salles de cinéma, les cafétérias.  Tu chauffes la machine, tu laisses tourner le moteur. Ta chatte se met à ronronner et laisse grimper dans son trou le désir incandescent d'une bite. Une bite. Rien qu'une. Et puis une autre. Les bites les unes après les autres jusqu'à ta vitesse de croisière. Une bite ne soulage pas, elle en appelle une autre et c'est tout.
Tu t'engouffres dans une bouche de métro.C'est la cohue, la rame est bondée. Tout de suite, quelqu'un se colle à tes reins. Une main caresse ta minoche. Tu t'agrippes à la barre pour mieux cambrer tes reins tout en restant debout. La manipulation est clandestine. Experte et précise. Tu te pâmes. C'est un professionnel des coïts publics. Il profite de chaque cahot, confusion ou circulation des usagers pour se frayer un chemin dans ta vulve et loge enfin sa bite en toute discrétion dans ton con. Il s'arrête. Elle y est, bien droite, bien dure. C'est un invité paresseux, patient. Il ne bouge pas tout d'abord puis il trace imperceptiblement sa route. Tu  entends les téléphones portables, quelques rires, des bribes de conversation, l'effraction brutale des portes à chaque arrêt. Les silhouettes montent, vous bousculent sans pouvoir vous dessouder, un cercle se forme pour vous protéger des regards. Alors il va, il vient, de plus en plus vite, il pilonne, frénétique tandis que le wagon prend de la vitesse.Tu regardes les visages gris, les regards mornes, les ombres découragées des citadins. Tu baisses la tête et tu observes la ronde des queues sorties qui se secouent . Il décharge et te quitte violemment, du foutre glisse, un autre prend sa place. Tu as le temps d'apercevoir son visage, il est laid, louche comme un trisomique, c'est un mongolien qui sourit avec béatitude.